Sur le chemin des découvertes

L’Algérie redevient une destination touristique. Même si le pays est encore meurtri par des années de terrorisme et même si son peuple reste accablé par les problèmes sociaux.

Dans le sud alg»rien, la tradition veut que le thé se boive en trois fois : le premier est "amer comme la mort", le deuxième "doux comme la vie", le troisième "sucré comme l’amour". Je réalise qu’il m’aura fallu autant de voyages pour avouer définitivement mon trouble devant ce pays. Un premier contact au sortir des années 90 me montra une Algérie meurtrie et encore écrasée par une violence insidieuse. Un deuxième me fit comprendre la douceur et la subtilité d’un pays en quête de renaissance. Un troisième, le dernier, vient de me confirmer que cet immense territoire (le deuxième plus vaste pays d’Afrique avec 2 381 741 km2) a tout pour assouvir les plus fortes passions de voyage et de découverte. Ses visiteurs deviennent souvent des inconditionnels. Sans pour autant devenir aveugles.
Oui, l’Algérie retrouve lentement mais sûrement son statut de destination touristique qui faisait d’elle dans les années 70 une terre de routards. Mais le pays ne connaît pas pour autant l’ambiance joviale d’un club de vacances. Le pouvoir présidentiel est toujours particulièrement autoritaire. Pour l’immense majorité des Algériens, la vie quotidienne n’est que chômage, pauvreté, injustice sociale, violence et frustrations. L’immense majorité du peuple ne profite pas des bons résultats économiques portés par le gaz et le pétrole. Le pays affiche une santé financière insolente (en 2005, inflation en baisse, hausse de 5,3 % du produit intérieur brut algérien, balance commerciale excédentaire, 60 milliards de dollars de réserves en devises). Et pourtant les logements sociaux sont largement insuffisants, les routes défoncées, les décharges publiques au milieu des habitations, les coupures d’eau quasi quotidiennes dans certaines régions, les infrastructures médicales sous équipées… à tel point que les mouvements de protestation se multiplient dans le pays, attisés par un ras-le-bol généralisé. Dans ce contexte tendu, les intellectuels, les journalistes ou encore les militants associatifs ont toujours beaucoup de mal à se faire entendre. L’administration conserve une lourdeur quasi soviétique. La corruption se porte bien. Les femmes subissent toujours l’infamie d’un Code de la famille trop légèrement révisé pour devenir tolérable. Le radicalisme religieux reste de rigueur trouvant surtout un écho chez les plus démunis. Quant aux jeunes (75 % de la population a moins de 25 ans), ils ne rêvent que de jours meilleurs. Loin de chez eux. Envisagent-ils pour autant de revenir ? L’avenir du pays le dira …

Malgré tout, les Algériens gardent espoir. Ils savent que la fin des années noires du terrorisme va rassurer de plus en plus les investisseurs étrangers attirés par les richesses naturelles. Ils savent aussi que leur pays possède un potentiel touristique et culturel incontestable. Depuis 2004, les cohortes de touristes ont refait leur apparition dans les rues d’Alger ou d’Oran. à l’heure d’ailleurs où de nombreux "Pieds Noirs" reviennent aussi visiter le pays sur fond de nostalgie. Certes, les infrastructures d’accueil sont quelque peu ankylosées. Le tourisme ne fait pas encore faire partie des priorités de l’Etat, plus préoccupé par le gaz et le pétrole. Mais la demande croissante incite les opérateurs privés à redoubler d’efforts. Et personne ne s’étonne de cette amorce de succès qui pourrait finir par inquiéter les voisins marocains et tunisiens. L’Algérie possède un tel patrimoine historique et naturel ! Les ruines romaines du nord de l’Algérie, les oasis du Sahara, les villages de Kabylie, les reliefs des Aurès, des Hauts-Plateaux ou encore du Hoggar. Sans compter les villes, Alger, Oran, Constantine, Tamanrasset, Gardha‘a … autant de cités qu’il faut visiter au risque de ne jamais en saisir tous les secrets. Pour en savoir plus, oubliez un instant votre guide favori et adressez-vous aux Algériens. Ils aiment prendre le temps de vous raconter leur terre qui ne résume pas à la violence, la misère et l’intolérance. Ils aiment vous accompagner et vous tendre quelques clés. L’Algérie est avant tout un pays de dialogue, de sensibilité, d’intelligence. L’heure du thé est un moment idéal pour aller plus loin. Le premier verre risque de vous sembler trop amer. Persévérez jusqu’au troisième. De l’amertume au sucré, il n’y a qu’un pas.

     
   
Claude Faber
ouverture dossier Algérie
Grand reportages - Octobre 2006