LISBONNE : UN DEFICIT DE CADRES A TOUS LES NIVEAUX

Malgré une faible croissance, le Portugal reste un pays à fort potentiel. A Lisbonne, de grands groupes français et portugais misent sur un développement rapide et recrutent de nouvelles compétences.

Lisbonne, ville d’opportunités !
Au premier coup d’œil, on pourrait en douter. Le pays connaît depuis quelques années une croissance plutôt timide, un rythme d’évolution du PIB en dessous de la moyenne européenne, quelques dérapages dans ses comptes publics, un système social et éducatif souvent critiqué … et pourtant. "Il faut lui laisser un peu de temps, explique Yann Pariot directeur commercial de Decathlon à Lisbonne. Le marché de la consommation se développe et la structure économique du pays est en train de se mettre en place. D’ailleurs, tous les grands groupes français et européens ont bien compris qu’il fallait être présent au Portugal et principalement à Lisbonne. " Leroy Merlin, la Fnac, Renault, Carrefour, Air Liquide, Sanofi Aventis, Total, Efage, la BNP et d’autres ont pris place dans le paysage lisboète. La France qui a toujours entretenu un lien culturel fort avec le Portugal est l’un des principaux investisseurs étrangers dans le pays. Elle est aussi son troisième fournisseur après l’Espagne et l’Allemagne et son deuxième client après les espagnols. "Implantés depuis déjà quelques années, les groupes français recherchent toujours de nouveaux collaborateurs ", affirme Yves Turquin, à Lisbonne depuis 1988, aujourd’hui responsable d’un cabinet portugais de recrutements et d’outplacement. "Tous sont convaincus que le business va trouver son essor dans cette partie de l’Europe du sud."
Si les entreprises françaises recherchent des cadres dans tous les domaines (marketing, finances, commerce, gestion de projets, consulting …), de nombreuses sociétés portugaises, très demandeuses de compétences internationales, ouvrent aussi leurs portes aux managers tricolores. Surtout aux cadres moyens niveau BTS, bac + 2 ou bac +3 qui font cruellement défaut au pays. Le système éducatif portugais a trop longtemps privilégié les filières longues et généralistes. Sur des secteurs très différents, des entreprises comme Sonae, le spécialiste de la grande distribution qui intervient aussi dans l’immobilier, le pétrole et l’hôtellerie, Geronimo Martins, un regroupement dans la grande distribution, Edp, spécialiste de la distribution énergétique, Logoplast dans l’industrie agro-alimentaire ou encore Portugal Telecom Group leader national des télécommunications, sont en quête de cadres techniciens, d’ingénieristes, de managers en marketing ou en action commerciale. Tout comme les sociétés du secteur des nouvelles technologies sur lequel l’Etat mise beaucoup. Aux portes de Lisbonne, l’important parc technologique Taguspark concentre ainsi les plus grands laboratoires de recherche du pays et de nombreuses entreprises high-tech comme Chipidea, l’un des leaders de la microélectronique portugaise. Un employeur potentiel à ne pas perdre de vue.
"Franchement, un Français a toutes les chances de se plaire ici, confie Jean-Francois Fougère, directeur général de la filiale portugaise de BioMérieux depuis 5 ans. La qualité de vie et les conditions de travail sont excellentes. Les Portugais ont un sens prononcé de la hiérarchie mais ils savent aussi preuve d’une grande souplesse." Même si de nombreux lisboètes maîtrisent bien le Français et l’Anglais, parler le Portugais est préférable. Une formation intensive en quelques mois permet toutefois de se débrouiller rapidement. Les modes de recrutement, les contrats de travail, les périodes d’essai (de 1 à 6 mois) ou encore les conditions de licenciement sont quasi identiques à ceux de la France. La semaine de travail dure 40 heures. La journée commence entre 9h et 9h30 sachant toutefois que les Portugais apprécient la pause petit-déjeuner vers les 10h30 avec croissants typiques au jambon et au fromage. Par ailleurs, tout cadre dispose de 22 jours de congés par an, avec l’obligation de poser au moins une fois 10 jours de suite. Question salaires, les entreprises portugaises sont souvent moins généreuses qu’en France. Le revenu mensuel d’un cadre moyen se situe entre 1240 € et 1400 € et celui d’un cadre supérieur entre 1600 € et 2200 €. Au bout de quelques mois, un cadre français peut espérer toutefois rattraper le niveau de la métropole. "De toute façon, le Portugal pays va évoluer, estime Jean-François Fougère. Ce pays perdu au bout du continent a tout pour devenir une petite Silicon Valley européenne ". Un nouvel aéroport international est attendu aux portes de Lisbonne dans les prochaines années ainsi qu’une liaison Tgv avec Madrid. Autant de signes qui rassurent le monde des affaires et les plus entreprenants. Laurent d’Orey, cadre informaticien d’expérience originaire de Tarbes, croit tellement au potentiel du pays qu’il vient de se reconvertir et d’ouvrir à deux pas d’un quartier d’affaires, le premier magasin Monceau Fleurs de Lisbonne. "Certes le pays traverse encore une période difficile, mais on sent bien que le dynamisme économique finira par payer. "

     
   
Texte : Claude Faber
Courrier Cadre - janvier 2007